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La parité n’est pas plus respectée dans le monde du travail qu’ailleurs, ça reste un challenge que les femmes ont d’autant plus de mal à relever, que des stéréotypes les enferment dans cent et une attitudes qu’a décryptées la psychologue et psychothérapeute Lois P. Frankel dans ce livre qui n’a pas pris une ride depuis sa première édition.

Les 101 pièges à éviter pour réussir sa carrière professionnelle seraient un peu fastidieuses à détailler, surtout quand l’auteur de l’ouvrage avoue que de fil en aiguille, beaucoup de ces femmes « sont parvenues à dépasser les comportements stéréotypés qu’elles ont hérités de leur enfance et agissent en adultes autonomes ». Mais Lois P. Frankel propose dès l’introduction le test qui tue les meilleures opinions qu’on a de soi et qui relativise celle du machisme ambiant de la vie en entreprise. Si l’écart de salaire demeure de 16,3% en 2010 au bénéfice des hommes, c’est peut-être aussi en partie en raison de comportements féminins qui desservent la cause des femmes. Il a ainsi diminué de 3,2 points depuis 2002, ce qui prouve une évolution de nos mœurs. Mais il reste aussi de 19,1% en équivalent temps plein dans le secteur privé, contre 13,9% dans la fonction publique.

C’est dire si les femmes ont l’ardente obligation de réduire leur handicap, et ce dès l’entretien d’embauche. Il y a fort à craindre que la féminisation du monde du travail et des fonctions RH n’y change rien, car les femmes subissent plus souvent le temps partiel et le sous-emploi que les hommes, surtout depuis la crise économique de 2008. C’est ainsi qu’une femme ne touche environ que 80% du salaire de son homologue masculin travaillant à plein temps en 2008, 87% dans la fonction publique. Elles sont toujours plus touchées par le chômage. 9,7% des femmes actives de 15 ans ou plus sont au chômage en 2010, contre 9,0% de leurs homologues masculins. À comparer les résultats des statistiques de l’Insee à la prose de la rédactrice de Ces Filles sympas qui sabotent leur carrière, on observe une identité de vues qui dépasse le simple constat d’accident.

Mais Lois P. Frankel souligne que ses remarques et ses conseils ne valent pas seulement que pour les femmes : « Les points énumérés ici constituent autant de critères à satisfaire pour réussir sa vie professionnelle, que l’on soit un homme ou une femme », alerte Lois P. Frankel. L’ouvrage dépasse la question de genre, et beaucoup d’hommes se retrouveront dans nombre d’anecdotes qui viennent illustrer le propos de l’auteur. Les 101 pièges se conjuguent en sept chapitres qui présentent sept catégories d’attitudes qui diminuent, dévalorisent, dégradent le salarié dans l’exercice de son métier au sein de l’entreprise, aux yeux de ses collègues et vis-à-vis de sa propre hiérarchie. Chacune de ces postures se décline en comportement visible et se décrit en deux ou trois pages.

Accepter la règle du jeu dans l’entreprise :

C’est peut-être un lieu commun de croire que les femmes ne prennent pas assez de recul, mais ce n’est pas un hasard de les retrouver fréquemment tenir des cordons de la bourse, à la comptabilité. Lois P. Frankel les décrit comme pingres, mais pas de leur temps, sachant se tuer au travail souvent sans reconnaissance… Le succès de l’entreprise est un travail d’équipe où chacun doit prendre sa part et assumer son rôle.

Jouer son rôle dans les relations professionnelles :

L’affectif n’a pas lieu d’être dans un centre de profit. Se soucier du bien-être au travail n’a de sens, que s’il peut se traduire par une augmentation dans la productivité. Lois P. Frankel cite le cas de précautions excessives pour épargner les autres, ou de se laisser persécuter. Ménager le collègue de bureau ne sera profitable pour personne, et pourrait être sanctionné, si l’attitude est préjudiciable à la bonne conduite des affaires.

Ne pas s’effacer devant ses collègues de travail :

De même, le sacrifice et le don de soi ne sont pas récompensés. Chacun a ses objectifs de carrière propre au sein de l’entreprise, qu’il fait triompher dès que l’occasion se présente. Au cours d’un entretien d’embauche, il est facile au recruteur de mesurer le degré d’ambition de son interlocutrice et de se faire une idée de l’aptitude de la personne à jouer des coudes afin de progresser dans son évolution professionnelle.

Savoir se mettre en valeur professionnellement :

Il revient souvent aux femmes de pécher par excès de modestie, or savoir se mettre en valeur et prendre des risques est souvent plus important, que le savoir-faire… Refuser le challenge et les responsabilités, sous-estimer ses capacités réelles n’est pas tellement apprécié dans la réalité. Dans les faits, l’attitude rime parfois avec l’aptitude, alors que les deux choses ont peu de rapport entre elles !

Rester directe et faire face aux situations de conflit :

Le monde des affaires est certes celui des hommes, mais c’est surtout une sphère du concret. L’entreprise a des objectifs matériels à atteindre. Il est donc recommandé d’éviter de jouer sur le registre de l’affectif, et prendre trop de précautions peut passer pour de la faiblesse. L’énergie peut passer pour du courage, mais la prudence aussi pour de la faiblesse…

Choisir son camp et assumer sa féminité :

Le septième chapitre est essentiellement consacré au langage corporel. La posture trahit beaucoup des capacités de la candidate pendant un entretien d’embauche. Choisir sa toilette en fonction des circonstances, arborer des bijoux et chausser des lunettes de bon goût impliqueront sûrement plus de handicaps pour une femme que pour un homme, mais aussi plus d’atouts.

Refuser de souffrir en silence :

La condition féminine se maintient dans une frustration déplorable si tous les efforts entrepris pour la dépasser ne sont pas suivis par une attitude au quotidien, qui refuse la sujétion au machisme. Les femmes peuvent aussi jouer un rôle si elles acceptent la compétition. Ce n’est pas facile d’entrer dans l’arène sans avoir choisi ses armes, mais on peut se battre avec plus de chances de succès en les gardant toutes à portée de main.

L’ouvrage de Lois P. Frankel établit que « Dans les entreprises, les petites filles dociles arrivent rarement jusqu’au fauteuil de P-DG », or désormais, les cadres dirigeants étaient à 30% féminins en 2007, contre 14% huit ans auparavant. Si la crise économique a fragilisé les plus faibles, un meilleur sort est réservé aux femmes les plus fortes.

Ces filles sympas qui sabotent leur carrière, par Lois P. Frankel, 272 pages chez Pearson au prix public de 20,50 €.

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