La crise ne devrait pas toucher tous les salariés de la même façon en 2012 et le personnel d’encadrement, dans une situation déjà meilleure que pour les autres statuts, devrait normalement tirer son épingle du jeu, malgré les restructurations d’entreprises

Ce serait à n’y plus rien comprendre, si l’on ne savait pas que l’économie n’est pas une science exacte… Alors que les liquidations se succèdent, un certain nombre d’entreprises maintient le cap des embauches en 2012, car elles annoncent craindre le plus un même chamboulement dans la gestion des ressources humaines que dans la période précédente, au moment de la crise financière de 2008-2009. L’hebdomadaire Challenges lance un pavé dans la mare vendredi, en annonçant 230.000 recrutements de cadres pour 2012 dans son enquête annuelle sur le marché des cadres, et il n’est pas le seul, cette semaine, à prédire un avenir radieux pour cette catégorie socio-professionnelle. Son directeur de la rédaction, Vincent Beaufils, en fait un compte-rendu succinct dans ce document vidéo, extrait d’une émission de LCI. Mais d’autres titres de presse ont puisé à la même source.

Le Figaro par exemple, a interrogé les mêmes experts du recrutement, qui affirment voir l’avenir en rose pour les cadres, et contre toute attente. Des cabinets de conseil à qui suffit de regarder leur carnet de commande, pour en déduire les besoins en personnels des autres entreprises ! On peut donc les croire, mais sans les prendre au pied de la lettre. Car la conjoncture est versatile — les financiers diraient même volatile —, et les prévisions font le yoyo d’un mois sur l’autre dans le domaine des ressources humaines de la même manière que sur les marchés. L’automne 2011 ne présageait rien de bon pour l’année suivante, surtout pour les jeunes diplômés. La crise, à ses débuts au moment de la note trimestrielle de l’APEC d’octobre, a bien refroidi les ardeurs des professionnels du recrutement, qui voyait se jouer à nouveau le scénario de 2009, malgré de bons chiffres de publication des offres d’emploi.

Ce pessimisme affiché ne s’est pas traduit dans les chiffres et l’APEC fait encore état d’intentions d’embauche en hausse constante en novembre, le marché de l’emploi des cadres enregistrant « une progression de 62% » par rapport au sombre mois d’octobre, « une augmentation de 51% par rapport à novembre 2010″. Les 230.000 recrutements que prévoit Challenges sont ainsi très probables, surtout quand ils sont nuancés par une étude plus fine selon les secteurs d’activité, comme de la taille des entreprises. Une autre analyse réalisée à l’université de Lille, concerne les secteurs qui recrutent pour les trois années à venir, et recoupe sur le plus long terme celles de la presse. L’informatique et l’aéronautique, et les professions commerciales également et toutes activités confondues, continuent à avoir du succès. Le personnel d’encadrement profite de l’évolution générale des entreprises, à préférer les profils à haute valeur ajoutée, aux dépens des autres, aisément délocalisables dans des pays à bas coûts de main d’œuvre… Les cadres se tiennent la tête hors de l’eau pendant que d’autres catégories sociales sont en plein désarroi. Mais il convient aussi de nuancer un propos optimiste à l’aune des entreprises qui fermeront de toute façon leurs portes. Pour tous les cadres qui s’y trouvent encore, Vincent Beaufils ne cache pas dans cet éditorial en vidéo, que la période de chômage a progressé d’un mois pour ces salariés mieux lotis, mais logés à la même enseigne lorsqu’elle ferme.

Même dans le bâtiment, qui devrait supprimer 35.000 emplois en 2012, la situation des cadres paraît bonne, et surtout en ce qui concerne les grosses structures. C’est comme l’arbre qui cache la forêt : « Peu de projets seront lancés cette année, explique un chasseur de têtes, mais les commandes engrangées en 2011 chez les majors impliquent des besoins en ingénieurs et techniciens ». Les entreprises qui ont réussi à maintenir le cap dans une période troublée abordent l’année avec une confiance mesurée, mais avec un plan de charge qui leur permet de voir venir… Un marché de l’emploi des cadres devrait profiter aux professionnels des ressources humaines, et beaucoup moins aux demandeurs d’emploi. Chez Manpower, on indique parmi 1.000 entreprises interrogées, 860 qui devraient seulement chercher à compenser les départs. Dans un contexte où le mot récession est déjà de mise à l’Insee, suite à une dégradation de la confiance provoquée par la crise de la dette, la situation des cadres devrait plutôt se traduire par plus d’inquiétude.

Ces déclarations tonitruantes, qu’elles soient faites par des journaux d’un bord ou de l’autre, ne doivent pas faire oublier qu’elles le sont aussi dans un contexte de campagne électorale. Il vaut mieux donner de l’espoir aux gens et même le chef de l’État les a prié de croire en des raisons d’espérer dans une situation franchement morose, où les conséquences des mesures fiscales qui leur sont défavorables ne devraient pas tarder à se faire sentir.

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