Une nouvelle menace du collectif « Anonymous » concerne les entreprises françaises, dont ils accusent les responsables des ressources humaines de profiter de leur statut social pour manquer de respect aux jeunes gens qui ne parviennent pas à sortir de la spirale du chômage.

Un message vidéo a été publié sur une plateforme de partage de contenus vidéos américaine bien connue, et relayé sur plusieurs médias sociaux, où celui-ci utilise le relais des liens hypertextes, pour se propager de manière virale, comme une campagne publicitaire. La cible est cette fois-ci dans le monde réel, et non plus seulement sur Internet, bien que l’on soit en droit de s’interroger sur la crédibilité d’une action qui semble à bien des égards plutôt marginale dans le courant des internautes activistes. Le message est tourné dans une logorrhée propre aux « Anonymous », rédigé dans un style aride et pompeux qui dénonce la précarité de l’emploi et la difficulté d’en trouver en France, ainsi que l’attitude méprisante de nombre de recruteurs vis-à-vis des jeunes chômeurs de longue durée. La menace, contrairement à d’autres, proférées ces derniers temps, n’est pas précise, mais elle se fait tout de même explicite.

Dans le message, le collectif « Anonymous » s’adresse aux responsables de ressources humaines dans leur ensemble. Dans les entreprises, mais aussi dans les cabinets de conseil en recrutement : « Attention, vous n’avez pas le droit d’exploiter des stagiaires, défend le message, alors que le pays est rempli de demandeurs d’emploi de niveau équivalent »… Avant de mettre sur la table un raccourci saisissant : « Ne prenez pas les charges salariales comme excuse, poursuit-il. Vous vous enrichissez, et laissez les jeunes de votre pays s’appauvrir » ! C’est vrai que la pression est mise sur le salaire, mais y voir de la part des chargés du recrutement de la cupidité ne semble pas très crédible, car ils sont eux aussi employés, et soumis aux pressions semblables et à des directives en matière d’embauche. « Attention, somme le texte : vous n’avez pas le droit de laisser vos jeunes compatriotes dans la précarité » !

Chaque paragraphe est construit de la même manière. Un constat que tout le monde fait, même dans les conseils d’administration des entreprises, et une accusation formulée à l’égard des cadres opérant dans le recrutement, de profiter d’une situation dont ils sont moins responsables que tributaires et dont le communiqué se sert pour formuler une sommation assortie d’un présupposé citoyen : « Vous habitez en France, dans le pays des droits de l’homme, lit-on plus loin, c’est pourquoi vous devez respecter les valeurs d’égalité, de liberté et de fraternité »… Comme si un chargé des ressources humaines devait se référer à la constitution de 1958, et à la déclaration de 1948, pour proposer à la direction d’embaucher telle personne, plutôt que telle autre ! Le texte pourrait quelquefois prêter à rire, s’il ne traduisait un réel sentiment de malaise dans notre société occidentale. Ce qui lui a valu des relais complaisants, notamment de la part de cabinets spécialisés dans le recrutement sur Internet.

Mais ce communiqué menaçant semble émaner plutôt d’un individu isolé, sans doute désemparé, ou imaginant avoir trouvé un moyen original pour se faire remarquer par des chasseurs de têtes en emboîtant le pas aux vrais activistes anonymes, dont il ne paraît pas faire partie, ni d’ailleurs prendre part aux manifestations. Son manifeste n’est pas porté par la communauté des « Anonymous » francophones, dont les préoccupations restent tournées vers la défense de la liberté d’expression sur le Web, avec une attaque sur l’agence gouvernementale Hadopi ces jours derniers, et une autre, prévue le 28 février contre le réseau social planétaire Facebook. Le communiqué enfin, se distingue par un grand nombre de fautes d’accord, comme il sied à bon nombre de lettres de motivations aujourd’hui… L’idée de le publier sur la plateforme de CV en ligne DoYouBuzz serait-elle un indice ? Dans la série des canulars sur le Web, celui-ci se manifesterait donc surtout par son aspect décalé et son goût plutôt douteux.

Mais l’initiative vaut cependant d’être remarquée, pour deux raisons pour le moins. Le malaise qui s’installe durablement sur le marché de l’emploi en France inspire à certains des actions déplorables, telles des agressions, ou même une prise d’otages, sur des agents du service public de l’emploi, comme à l’époque de la vague de licenciements qui a succédé à la grande crise de 2008-09, avec les actions désespérées de salariés dans des usines menacées de fermeture. Mais l’idée aussi qu’il faut se faire remarquer sur un marché de l’emploi très concurrentiel progresse, même si les moyens pour y arriver, doivent être trouvés avec plus de discernement.

Réagissez à cet article ! Notez que les commentaires sont en dofollow sur Vite CV, pour vous aider dans le référencement de votre site Web en postant plus de commentaires sur les blogs.

  • 945