L’incertitude face à l’avenir et l’obligation faite aux banques de renforcer leurs fonds propres ont pour effet de raviver leurs réticences à offrir assez de soutien pour couvrir les besoins en financement de petites et moyennes entreprises. Avec des conséquences évidentes pour l’emploi…

Depuis la crise financière en 2008, la Médiation du crédit a étudié plus de 30.000 dossiers d’entreprises rencontrant des difficultés avec leur banque pour leur financement. Un tiers d’entre eux n’aura finalement pas pu être satisfait. Les PME manifestent souvent des besoins de financement, pour assurer leur maintien ou leur développement. Leur gestion est plus courte que celle des grands groupes, et leurs moyens aussi plus limités. 26% des entreprises ont recherché un prêt en 2010, et 32% comptent le faire sur la période 2011-2013. La banque est ainsi l’interlocuteur privilégié pour ces petites structures. Mais cette proximité a aussi un coût, et les taux qui leur sont accordés pour les découverts sont de 10,5% sur les besoins inférieurs à 15.000 euros, mais s’élèvent à moins de 1,9% à partir de 1,5 millions !

74% des entrepreneurs déclare avoir rencontré au moins une difficulté sur le financement de sa PME au mois de septembre, contre 70% en mars. Le problème de l’accès au crédit se pose donc désormais de nouveau, avec la même acuité que pendant la crise financière de 2008. 51% des entreprises employant au moins 10 personnes ont recherché un financement en 2010, contre 42% avant la crise, en 2007. Elles sont 62% à en souhaiter en 2007 ou 2010, ou les deux années, et elles seront en même proportion pour une période 2011-2013, selon les prévisions de l’Insee. Mais l’obligation faite aux banques à se recapitaliser diminue leur capacité à répondre aussi bien qu’auparavant aux besoins de crédit des entreprises. Si la Banque centrale européenne s’est donnée les moyens pour fournir des liquidités, les autres banques « renâclent à se prêter les unes aux autres », remarque l’agence de presse Reuters.

D’après des statistiques publiées début novembre, près des deux tiers des fonds empruntés à la BCE ont été redéposés auprès de la banque centrale, une proportion deux fois supérieure à celle observée après la faillite de la banque américaine Lehman Brothers en 2008. « Aujourd’hui, les emprunts à la BCE atteignent près de 500 milliards d’euros », signale la dépêche. Et « C’est bien moins que les 910 milliards empruntés après le lancement des refinancements à un an mi-2010, et les dépôts à la BCE, qui augmentent généralement avec la nervosité des marchés, sont eux bien supérieurs ». À l’avenir, les entreprises sont de plus en plus enclines à rechercher ailleurs les moyens de leurs ambitions, ou de leur survie… Les entreprises à forte croissance s’y sont employées à 37% en 2010, contre 26% des autres. Les solutions envisagées, surtout chez les TIC, sont l’augmentation de capital, pour 25% contre 7% dans l’ensemble des entreprises et les subventions et le soutien public, pour 10,5% d’entre elles. L’Insee prévoit que l’écart est amené à se réduire encore entre ces deux types d’entreprises.

Avec le temps et les incertitudes liées à la conjoncture, les difficultés sont aussi plus nombreuses et la proportion des entreprises qui n’ont pas réussi à trouver de financement a augmenté de 1% en 2007 à 3% en 2010. Parmi les plus touchées 5% sont aussi celles qui offrent la plus forte croissance ! Comme les banques ont eu pour la plupart la bonne idée de se débarrasser de leurs filiales dédiées au financement des entreprises, ou d’alléger leurs structures, alors et parce qu’elles étaient les plus rentables, mais plutôt les plus exposées aux aléas financiers, les entreprises verront leurs difficultés croître l’année prochaine, pour couvrir leurs besoins en financement. Si le contexte de repli sur les marchés implique aussi des disponibilités élevées en liquidités, un montant historique de 1.112 milliards d’euros, et presque trois fois plus élevé que les 407 milliards d’euros recensés en 2000, voilà qu’elles trouveront à s’investir plus facilement ailleurs qu’en France…

Nicolas Sarkozy a déclaré jeudi que le Fonds stratégique d’investissement (FSI) allait accentuer son action en faveur de grandes filières industrielles où il agit en cofinancement avec les grands acteurs de chaque secteur tout au profit des équipementiers et des sous-traitants. Si cette instance a aussi œuvré en intervenant dans de petites entreprises familiales, comme Daher ou Grimaud, ou encore sur les segments risqués des jeunes entreprises en s’occupant d’amorçage ou de capital risque, l’action entreprise est surtout motivée par des impératifs stratégiques et d’indépendance nationale. Mais l’instrument financier, créé pour faire face au contrecoup de la faillite des marchés à l’été 2008, s’il doit étendre prochainement dans les régions son action prochaine, agira surtout en partenariat avec Oseo, l’acteur de choix dans le crédit aux PME. Ce qui incite aussi la CGPME à réclamer plus de cohérence dans les choix des pouvoirs publics !

La situation des entrepreneurs risque donc d’être paradoxale après la crise de la dette. Confrontés aux mêmes difficultés de financement que lors des deux dernières années de vaches maigres, ils se verront fermer les vannes du crédit à cause des problèmes spécifiquement bancaires, alors que dans le monde, des masses de liquidités énormes n’auront pas trouvé le chemin de leur entreprise.

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