Qui pourrait prétendre posséder les meilleures compétences pour faire le guide touristique ? Les clochards qui vivent dans la rue, et sans domicile fixe. Une association offre donc des emplois de guide aux SDF, pour des touristes qui ont envie de découvrir les lieux avec un autre œil.

Dans ce reportage vidéo, nous découvrons une visite guidée parfaitement banale du XXème arrondissement de Paris. Sauf que le public est captivé par l’exhaustivité des connaissances sur les moindres coins de rue que ce guide leur donne à découvrir. La différence avec un guide touristique qui a étudié aux Beaux-Arts, et qui a passé la licence pro guide pour disposer du droit de donner des conférences sur le patrimoine touristique et permet de guider les touristes dans les rues de la ville, c’est que celui-ci s’est bel et bien frotté au terrain, au point qu’il a dormi 1 an 1/2 dans la rue. Donc, il connaît ! Et ce guide connaît si bien les dessous du quartier qu’il donne à visiter qu’il offre aux touristes l’occasion de découvrir des choses et des endroits qu’ils n’auraient certainement pas découvert avec un autre guide.

Quand les sans domicile fixe trouvent à s’employer…

Pas facile pourtant de trouver une idée qui permette à des SDF de trouver un emploi où ils seraient qualifiés pour l’exercer. La population de la rue, c’est avant tout celle des déclassés, une société en marge, et composée de ceux qui n’ont plus trouvé leur place nulle part… Mais pour l’association Alternative urbaine, ces marginaux possèdent une solide connaissance de ces lieux qu’ils ont fréquenté au quotidien et qu’ils connaissent pour avoir été contraints de s’y adapter pour survivre. L’idée de les faire travailler en faisant profiter de leur expérience aux touristes est née d’un constat amer. Préalablement formés, les guides, recrutés par Pôle emploi, proposent des visites de qualité dans le XXème arrondissement de Paris et dès la rentrée prochaine dans les XVIIIème et XIXème arrondissements. Mais quel sera le regard des touristes sur ces visites guidées d’un nouveau genre ?

On insiste beaucoup sur les compétences et les diplômes pour recruter des personnes à employer. C’est le point de vue de l’employeur, car il redoute surtout de s’apercevoir qu’il s’est trompé sur les capacités de la personne. Mais ses clients n’ont pas le même point de vue : ils souhaitent avant tout une prestation, un produit ou un service d’une qualité irréprochable. Dans cette initiative de tourisme solidaire ce sont les clochards qui apparaissent naturellement comme les guides touristiques adéquats : « C’est un plus, le fait de se dire que la personne qui organise connaît bien son sujet, déclare l’un d’eux, parce qu’elle l’a vécu ou qu’elle le vit encore, c’est énorme » ! Dans la réalité, les clients ne demandent effectivement jamais le CV d’un vendeur ou d’un professionnel qui vient effectuer une prestation. Car seul leur importe le résultat…

Grâce au tourisme solidaire, le retour vers l’emploi…

L’autre particularité des visites organisées par Alternative urbaine c’est le prix libre de la prestation, laissé à l’appréciation de chacun. Pour le guide, c’est une opportunité de trouver un chemin de réinsertion dans la société et vers l’emploi. Pour ceux qui visitent, c’est une occasion de participer à une initiative solidaire pendant un moment agréable. « Je trouve que c’est une très bonne chose de permettre à ces personnes un retour vers l’emploi par ce biais-là aussi », reconnaît une touriste qui a apprécié la visite. Mais pour le guide sans domicile fixe, l’idée n’est pas de devenir professionnel de la visite guidée. L’association devant le succès de ces visites guidées à Paris, s’est désormais constituée en coopérative, mais ne cherche pas non plus à pérenniser l’emploi de son personnel, qui se présente avant tout un moyen de réinsertion : « Chacune de ces personnes travaille avec nous un an maximum, explique la fondatrice Selma Sardouk. Car l’idée n’est pas qu’ils deviennent des guides de métier, mais qu’ils trouvent un travail ou une formation. Ici ils définissent un projet professionnel… C’est une aide au retour à l’emploi ».

Ainsi, l’économie sociale et solidaire offre constamment des opportunités nouvelles de croissance et d’emplois. Pour l’instant, Alternative urbaine a tout juste de quoi équilibrer ses comptes, mais le concept s’enracine dans la vie culturelle parisienne et des nouveaux projets de visites guidées sont prêts à voir le jour. Ce qui compte avant tout dans ces projets d’économie solidaire et sociale, c’est surtout de se positionner sur un marché qui n’est pas encore complètement balisé, où des besoins ne sont pas satisfaits. Des itinéraires de visites touristiques existent depuis longtemps à Paris, qui est toujours l’une des toutes premières villes visitées au monde. Mais dans ce cadre particulier d’un arrondissement populaire où peu de monuments ont la faveur des guides touristiques, il existe une niche, avec des clients dont certains même habitent un quartier qu’ils aimeraient mieux connaître, des opportunités d’affaires et d’emploi à exploiter pour des entrepreneurs qui trouvent une bonne idée, et cherchent à la mettre en œuvre, sans chercher à dominer leur marché.

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