Le dépôt du bilan de Virgin Megastore mercredi s’ajoute à la liste de tous les déboires qui frappent les grandes enseignes commerciales, victimes de l’agressivité de la vente en ligne, qui a pris 18% de parts de marché.

Par rapport à la marge des entreprises, l’impact est énorme, surtout quand on lit que les achats de musique se font désormais à 30,4% sur Internet, et ceci sans compter le téléchargement (14%) et le streaming (23%). Dans le même temps, des entreprises comme la Fnac cherchent à sauter l’obstacle en développant une boutique de e-commerce, qui fera de toute façon de la concurrence à la vente physique… Celle-ci représentant déjà 13% du CA, menaçant aussi l’implication de l’actionnaire principal (PPR) qui souhaite coter l’enseigne en Bourse, sans doute pour mieux s’en débarrasser. Alors que les soldes démarrent en fanfare dans une économie déprimée, Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, impute la faillite de Virgin à Amazon, et sa situation transnationale qui lui permettrait d’optimiser ses revenus tirés de la vente en ligne… Concurrence déloyale ? Le téléchargement illégal ? Autant de raisons pour fermer Internet et sauver les emplois en France.

À l’inverse de la Fnac, les ventes sur Internet ne profitent pas à Virgin qui en reverse la plus grande partie (70%) aux maisons de disques, les artistes eux, sont mis hors-jeu avec le contrat qui les lie à ces dernières, et ne sont pas allés soutenir la centaine de salariés qui se sont rassemblés, en face de leur magasin menacé de fermeture, sur les Champs-Élysées, pour que leur actionnaire prenne en charge le coût d’un plan social. Le pauvre ! Lui qui n’a déjà pas l’argent pour payer les loyers et les fournisseurs qui accusent trois mois de retard… C’est tout un système de distribution qui vit la crise et se trouve en pleine mutation, à cause de la dématérialisation du support culturel. Qu’il s’agisse de la Fnac ou de Virgin Megastore, l’époque bénie du magasin de disques, où une galette de vinyle se négociait très cher aux collégiens, est désormais révolue ! La vente et le vol se déroulent ailleurs, et dans des tuyaux qui échappent à la vigilance du petit personnel. Quand celui-ci n’a pas été mis au chômage, faute d’utilité à l’employer.

La vente en ligne progresse et bouleverse les habitudes de consommation. Quand le ministre Sylvia Pinel se lamente en observant que « Depuis plus de cinq ans, on constate que le budget soldes est en diminution », l’intérêt des consommateurs se tourne de plus en plus vers la flexibilité et les prix offerts sur le Web. Depuis les livres, la musique et les films de cinéma au tout-venant des produits de consommation courante ! Puisque les grandes enseignes de distribution se sont également mises au Net. C’est pourquoi 12% des consommateurs ont déjà acheté des produits alimentaires sur le Web, selon une enquête Nielsen de juin 2012. Même si la part de marché du e-commerce de la grande distribution n’est encore que de 2%. Bientôt, il sera possible aussi de se fournir en produits de pharmacie sur Internet et il est fort probable que des maquettes de sites Web soient déjà sur le point de déboucher sur un projet tangible. Une ordonnance publiée au JO du 21 décembre 2012 admet « l’activité économique par laquelle le pharmacien propose ou assure à distance et par voie électronique la vente au détail et la dispensation au public des médicaments à usage humain et, à cet effet, fournit des informations de santé en ligne ». On est loin de l’époque où les pharmaciens se battaient contre la grande distribution, Internet met tout le monde d’accord !

Face à tous ces commerces menacés, ces emplois qui disparaissent, quelle réponse apporte le gouvernement ? Pour Virgin Megastore, elle est sur les mêmes principes que pour ArcelorMittal à Florange : faisons confiance à la perspicacité des marchés financiers pour trouver un éventuel repreneur. Le gouvernement est prêt à s’investir dans la recherche d’une solution de reprise, et à donner suffisamment de temps pour que celle-ci soit permise, a déclaré Aurélie Filippetti sur i>Télé mercredi matin. Mais pour d’autres commerces, pour le système de distribution tout entier, qui risque ainsi de disparaître dans les tuyaux du grand réseau mondial. Ne vaut-il mieux pas supprimer tout bonnement cet outil démoniaque vecteur de chômage et de destruction des modes de vie ? Aurélie Filippetti a presque franchi le pas, en établissant un parallèle entre Virgin et Amazon… mais sans le sauter ! Quand on lit les témoignages des caissières sur Libération, annonçant que dans le panier de clients, « il y a plus de livres qu’avant, plus d’accessoires numériques aussi, les liseuses par exemple », on se demande si bientôt, les kiosques à journaux ne vont pas disparaître aussi.

Ah, la presse papier a des difficultés à affronter la mutation des habitudes de consommation, aussi ? Le service de distribution des journaux est en perpétuelle restructuration. Si le gouvernement interdisait Internet, il réglerait le problème du chômage d’un coup de baguette magique.

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