C’est la première fois, le 27 juin prochain, que la justice va se prononcer sur un refus d’embauche pour cause de tabagisme. Du jamais vu dans ce pays où l’industrie du tabac fut longtemps un monopole public, et où les arts et les mœurs ont valorisé la fumée bleue, mais que des impératifs de santé publique ont finalement détourné de la consommation de cigarette.

Une dame de condition modeste s’est présentée à l’entretien d’embauche du CIO de Châteauroux en émanant une forte odeur de tabac, qui a déplu aux responsables des ressources humaines. La candidate, heureuse d’être sélectionnée pour travailler au centre d’information jeunesse de la ville, a fait pour se rendre à cet entretien un long trajet en voiture, avec une amie fumeuse elle aussi, ce qui explique selon elle l’odeur de tabac imprégnant ses vêtements. Mal lui en a pris, car elle a reçu quelques jours plus tard le courriel l’informant du désagrément rédhibitoire provoqué par le tabac.

Choquée par ce refus, la candidate malheureuse a pris conseil auprès d’un avocat, Georges Hemery, qui y a vu une discrimination à l’embauche. Il a déclaré au tribunal correctionnel lors d’une citation directe : « Je sollicite toute votre attention, a-t-il déclaré. Nous nous appuyons sur un article du code pénal relatif aux mœurs ». C’est donc du point de vue moral qu’il se place, prétendant qu’une habitude de vie comme celle de fumer, peut être un sujet de discrimination, et demande à l’administration 1.000 € pour les dommages qu’elle a causée à sa cliente. Le tabac n’a pas fini de poser des problèmes…

Les mœurs ont évolué avec le renversement des politiques publiques et la cigarette s’impose désormais comme une source de gêne, y compris sur le lieu de travail et dans les relations professionnelles. La consommation des cigarettes y est réglementée, mais surtout, elle souffre d’une inversion des valeurs sociales, qui valorisait l’attitude du fumeur jusque dans les années quatre-vingt, pour être brusquement battue en brèche en raison du taux de cancer trop élevé aux yeux des organismes de protection sociale. Dans les faits, il n’est plus rare d’entendre reprocher à un employé cette déplorable habitude.

Pour la responsable des ressources humaines du CIO de Châteauroux, cet inconvénient n’est pas le moindre, mais suffit à disqualifier la candidate : « Nous sommes une dizaine de salariés et nous réunissons dans des petits bureaux, explique la dame à la barre. Ce travail nous met en contact avec des jeunes » ! Deux éléments sont à prendre en compte. Un malaise causé au sein du personnel, et une tenue exemplaire du personnel vis-à-vis d’un public jeune, accueilli dans cette administration, et la valeur de l’exemple incombe également à ses agents. Nous n’en sommes pas encore à adopter l’attitude intransigeante des employeurs américains, mais notre société se rapproche dangereusement des pratiques en vigueur outre-Atlantique.

Comme dans le tout récent film « The Company Men », dont nous avons relayé la sortie sur nos pages, où un quinquagénaire se voit conseiller de façon brutale d’arrêter de fumer pour pouvoir prétendre à rechercher une nouvelle opportunité d’emploi…

Réagissez à cet article ! Notez que les commentaires sont en dofollow sur Vite CV, pour vous aider dans le référencement de votre site Web en postant plus de commentaires sur les blogs.

  • 383