C’est le nouveau credo du gouvernement, ressassé par Xavier Bertrand ici encore, devant les députés : un travail précaire est préférable à pas du tout d’emploi. De fait, la précarité est aujourd’hui vécue comme un matelas de sécurité pour assurer une certaine stabilité du marché du travail.

La réponse apportée à Gisèle Biémouret, députée du Gers, par le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé Xavier Bertrand, est sans ambages : « Je préfère qu’une personne retrouve une activité réduite que pas du tout, parce que le RSA va lui garantir son pouvoir d’achat ». Cette phrase, déjà entendue sur les ondes, est devenue un leitmotiv pour justifier les emplois précaires, qui sont aussi les plus souvent offerts dans ce qu’on appelle les secteurs en tensions. Avec pour corollaire, un rôle nouveau d’amortisseur des crises économiques pour les pouvoirs publics.

La dernière étude de l’Insee sur la situation de l’emploi et des salaires est franchement favorable aux partisans de la flexibilité. L’impact de la crise sur l’emploi a été plus limité que lors des précédentes récessions, celle de 1992-93 et celle de 2001. S’il y a eu plus de destructions d’emploi durant les années 2008 et 2009 (399.000) en France, elle aura été limitée à 2,5% alors que la valeur ajoutée, a chuté de 5,3% sur la même période. C’est le constat qui permet aux experts d’estimer que l’économie française a fait le choix de sauvegarder le plus d’effectifs possible grâce à sa flexibilité.

Les destructions d’emploi ont d’abord touché l’intérim, et dès 2008, c’est le travail temporaire qui encaisse 90% des pertes. Les entrepreneurs aussi ont eu recours à des mesures de souplesse créées, avec l’annualisation du temps de travail, le temps partiel, les heures supplémentaires, pour retenir dans l’entreprise le plus de salariés en contrat à durée indéterminée. Avec pour conséquences, la modération des prétentions salariales ! Si les effets de la crise économique ont été moins durables, c’est seulement parce que l’économie française bénéficiait déjà d’une meilleure flexibilité.

Les statistiques de l’Insee montrent ainsi que l’augmentation des emplois précaires, intérim et contrats à durée déterminée (CDD) s’arrête autour de l’année 2000, aboutissant à un certain équilibre économique. La précarité offre ainsi une marge de manœuvre aux entreprises, sujettes aux crises et aux soubresauts boursiers ! Pour les personnes arrivées ou retournées sur le marché de l’emploi, les perspectives sont plus contrastées. L’intérim se développe à présent pour toucher des populations plus âgées, mais reste à 70% masculin, le travail à temps partiel étant dévolu aux femmes (62%).

Plus les demandeurs d’emploi sont jeunes, plus facilement la précarité les frappe. 30% d’emplois temporaires pour les personnes sorties du système scolaire depuis 1 à 4 ans, 14% pour celles ayant fini leurs études depuis 5 ans au moins, et moins de 7% des personnes diplômées depuis 11 ans, au moins. Mais c’est une tendance qui se généralise aux autres classes d’âge, incitant le gouvernement à promouvoir la précarité dans cette panoplie de moyens d’action élaborée au fil du temps. C’est pourquoi le discours d’un Xavier Bertrand vise les seniors, ces futurs travailleurs précaires.

Qu’on se rappelle aujourd’hui les propositions de Jacques Attali en 2007, dessinant les contours d’une société marquée par une large flexibilité, des emplois aléatoires et précaires, mais plus à même de répondre de manière efficace aux prochaines crises économiques. Que l’opinion publique n’en veuille pas n’y change rien, les impératifs du marché de l’emploi a décidé pour elle.

Réagissez à cet article ! Notez que les commentaires sont en dofollow sur Vite CV, pour vous aider dans le référencement de votre site Web en postant plus de commentaires sur les blogs.

  • 339