Les craintes d’une dégradation de la conjoncture économique se profile la peur d’une dégradation de la situation personnelle des salariés toujours en poste. Quant à ceux qui ne le sont déjà plus le désespoir est à son comble.

Lundi vers 11h30, Christian Denisot, informaticien au chômage, a pris les directeur et sous-directeur du Pôle emploi Beaumarchais en otage, afin de contraindre les médias à diffuser 2 messages de revendication. « Depuis le début des années 2000, comme pas mal de citoyens français, je galère, dit le forcené au téléphone à Pierre Haski, responsable de la publication d’un site Internet d’information. Mais depuis quelques années, j’ai amorcé les étapes ultimes qui mènent à la précarité ». Le preneur d’otages se plaint de ne plus pouvoir trouver de travail dans sa profession, qui pourtant recrute. Mais son âge, passé 35 ans, représente un handicap. Il souhaite donc par son geste, « provoquer une prise de conscience nationale sur une situation inacceptable ».

Mais l’amalgame que le forcené fait de ses revendications sociales et des préjugés qu’il nourrit envers des organisations juives nourrit le terreau de l’antisémitisme, en même temps qu’il jette une lumière trouble sur certain vieux démon, associant le monde de la finance à la communauté juive, et celle-ci au fumeux projet de gouvernement mondial. On le retrouve assez souvent sur Internet, le média sur lequel ce preneur d’otages a souhaité se confier. Quand bien même « Le scénario le plus probable est que l’Europe ait une croissance faible pendant une longue durée, explique le directeur général de General Electric. Il est naturel de supposer que les gens sont en colère ». Mais le monde ne s’arrête pas de tourner pour eux, et de plus en plus, les entreprises sont amenées à licencier du personnel.

Aujourd’hui, elles ne le font pas pour restreindre la production, mais elles le font en prévoyant une baisse de la demande : « Au cours des prochains mois, le secteur industriel en particulier pourrait éprouver des difficultés à maintenir ses niveaux de production ajustés, annonce la Bundesbank, qui craint de frôler la récession, au vu d’une demande qui s’affaiblit ». Depuis la fin de l’été, les annonces de plans de licenciements se succèdent, tandis que les résultats ne s’avèrent pas pires que précédemment. Les États-Unis souffrent d’un fort taux de chômage alors que la banque Citigroup publie un résultat net en hausse de 74% au troisième trimestre, bien au-delà des attentes de Wall Street. Le bénéfice net s’établit à 3,8 milliards de dollars. Wells Fargo a aussi publié un bénéfice net trimestriel de 3,84 milliards de dollars, en hausse de 22% sur un an, malgré un chiffre d’affaires en baisse de 4%.

L’économiste américain Joseph Stiglitz, prix Nobel 2001 d’économie, dit dans un entretien que les gouvernements ont passé trop de temps à sauver les banques et trop peu à s’occuper des problèmes de fond, constitués par « la compétition avec les marchés émergents, la productivité croissante dans l’industrie qui se serait traduite par plus de chômage, le système monétaire international qui a amené les pays à épargner de plus en plus, les prix élevés de l’énergie qui transfèrent l’argent aux pays producteurs de pétrole ». Les entreprises, d’une manière générale, et poussées par une concurrence internationale féroce, ont privilégié l’innovation dans le but de réduire leurs coûts, ce qui a eu pour effet l’aggravation du chômage, à la place de se soucier des innovations qui permettent une amélioration du quotidien des gens. « Une de mes inquiétudes est que les taux d’intérêts de plus en plus bas encouragent les entreprises à choisir des robots qui remplaceront la main d’œuvre, précise Joseph Stiglitz. Nous sommes en fait en train de créer les fondements d’une économie sans emploi ».

Le génie de Steve Jobs a certainement été d’inscrire la société Apple dans un contexte de mondialisation de l’économie et de réduction de la main d’œuvre : l’iPod a généré moins de 14.000 emplois aux États-Unis, tandis que si on se fonde sur la valeur des composants et du travail investis pour en fabriquer un, le Japon contribue pour 34%, l’Allemagne 17%, la Corée du Sud 13%. Les États-Unis n’y contribuent que pour 6% et d’autres pays dans le monde pour 36%. Bien plus qu’un antagonisme entre des intérêts financiers et l’économie réelle, c’est le fonctionnement du capitalisme et celui des échanges qui sont en cause.

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