
Yasmine Kasbi étudie le phénomène dans un ouvrage intitulé Les Serious Games, une Révolution, en décortiquant les tenants et les aboutissants de cette nouvelle manière d’apprendre et de sélectionner les personnes, et en dégageant les talents cachés grâce à un processus ludique.
La première idée reçue à laquelle Yasmine Kasbi tord le cou est de penser que les Serious Games nous seraient venus des États-Unis, débarqués eux aussi sur le Vieux Continent avec tout un attirail de jeux vidéo, de jeux en ligne multi-joueurs, grâce à une puissance des micro-processeurs toujours plus grande, et des outils d’animation toujours plus variés sur Internet. En réalité, l’utilité des jeux s’est révélée très tôt, dès la plus haute Antiquité ! L’auteur du livre Les Serious Games, une Révolution rappelle un fait, que raconte Hérodote, et qui a eu lieu il y a 2.500 ans au royaume de Lydie où sévissait alors une période de famine. Le roi décida que les gens devraient jouer aux osselets un jour sur deux, et de manger l’autre jour, pour ne pas dilapider les ressources. Ses sujets, loin de se révolter, se passionnèrent et le jeu devint leur raison de vivre, faute d’en avoir. Aujourd’hui, les écoles et les entreprises découvrent à nouveau que les jeux possèdent également de nombreuses vertus pour l’apprentissage et de l’adaptation.
« Le Serious Game a un but utilitaire permettant à l’utilisateur d’améliorer ses compétences en s’entraînant, écrit Yasmine Kasbi, de s’accoutumer à des situations pour traiter ses phobies, ou de comprendre une situation pour recevoir une éducation ou un concept en promouvant une idéologie, une publicité ». C’est cet utilitarisme, en général opposé au jeu, qui définit un concept dont l’ambivalence confère ses pouvoirs d’attraction. L’intérêt est double, car on peut avoir recours à des jeux qui existent déjà pour leur donner un sens pédagogique, autant qu’il est possible d’en créer de toutes pièces dans un but défini. Il est juste nécessaire de plonger le joueur dans un univers spécifique, afin de l’amener, soit à acquérir des connaissances, soit à trouver une solution à un problème, soit à adopter un comportement ou encore à trouver les moyens d’accéder à un savoir. C’est pourquoi tous les jeux diffèrent dans leur contexte, tout en présentant des ressemblances dans leur mode opératoire.
Le deuxième critère du Serious Game consiste en l’évaluation des joueurs selon un mode à la fois indubitable pour le perdant, mais aussi acceptable pour celui qui aura passé du bon temps pendant la partie. Yasmine Kasbi cite par exemple Sim City, dont le simple divertissement est détourné par des enseignants pour illustrer leurs cours, réaliser des exercices ou encore faire découvrir à des enfants des capacités insoupçonnées. De même cette méthode permet aux responsables des ressources humaines d’effectuer un tri parmi des candidats sans leur faire subir une batterie de tests insipides, rébarbatifs ou désagréables, et parfois même sous le signe du volontariat ! À travers de nombreux exemples, l’auteur de ce livre Les Serious Games, une Révolution présente tout l’éventail des ressorts possibles et des effets escomptés dans l’utilisation de ces jeux de rôle, qu’il s’agisse du contexte de l’apprentissage, de la sélection, ou encore de l’évaluation. Un chapitre du livre est consacré à la réalisation d’un jeu, en examinant les besoins de ses concepteurs potentiels, les ressources disponibles à l’heure actuelle, et des exemples d’inspiration ouverts au public.
Mais le principal argument du Serious Game demeure celui de la mise en situation du joueur pour en évaluer les réactions dans la réalité. Ainsi, « La simulation permet, à moindre coût et sans danger, et de mettre à l’épreuve les aptitudes de l’apprenant sur un terrain virtuel, expose Yasmine Kasbi, comme, la mise en situation d’un agent de vente devant un client ». Durant l’exercice, l’entreprise ne craint pas plus de conséquences pour son image de marque si son nouveau ou futur collaborateur commet une bourde, que l’apprenti pilote d’avion de s’écraser au sol en pilotant un simulateur. Par ailleurs, de plus en plus de tâches au sein des entreprises sont aujourd’hui des simulations, qu’il s’agisse de projections, de modélisations, de projets prototypes. Les Serious Games sont ainsi de plain-pied dans notre monde moderne, obnubilé par la réduction des coûts et l’interdiction d’un droit à l’erreur. Le jeu permet à la fois une pédagogie active, et l’évaluation sans risque. Le jeu permet d’acquérir un savoir tout en se divertissant, c’est ce qui convient à nos usages actuels.
La mode du Serious Game ne devrait donc pas s’arrêter de sitôt, tant elle répond autant à un besoin d’apprendre autrement et tout au long de la vie qu’à l’immersion de notre société dans des univers virtuels. « Si l’usage ne fait qu’augmenter, explique Yasmine Kasbi, c’est aussi, et surtout, dû aux jeunes publics qui n’éprouvent aucune difficulté à s’approprier les outils ». L’auteur rend compte de tous les aspects d’une méthode pédagogique que la croissance d’Internet devrait pérenniser.
Les Serious Games.une Revolution, par Yasmine Kasbi, 304 pages aux éditions Edipro, 26 €.
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Ce livre assez intéressant, on entend tellement de choses sur les serious games que ce’est pas mal de livre quelque chose de sérieux sur le sujet